Une toute nouvelle gravure vient s’ajouter aux deux précédentes pour former une petite trilogie qui ne saurait tarder de s’agrandir.
Il s’agit de Buna, Une gravure faite à partir d’un poème sur le café. C’est avec un poète bordelais avec que nous avons réalisé cette belle collaboration.
La gravure décline le café de la plante avec ses fruits et ses fleurs jusqu’aux grains de cafés, à sa mouture et ses odeurs qui s’élèvent jusqu’en haut de l’oeuvre.

Voici le poème,

BUNA

L’idée de cette rencontre me tire du sommeil
Sombre élixir qui au matin éclaircit mes pensées
Exaltation des sens, parfums d’ailleurs et de soleil
Un rituel sacré, une invocation de volupté

Choisir une eau propice à accueillir notre mouture
Vigilance à chaque étape de la préparation
Amener le liquide à la juste température
Sous peine de voir, malheur suprême, gâchée l’infusion

Chaque grain à mes yeux bien plus précieux qu’une pépite
Devenu poudre suite au passage dans les rouages
Quand elle se mêle à l’eau je crois bien qu’elle crépite
Salivant car très vite j’embrasserai ce breuvage

Je perçois ces moments comme d’intimes rendez-vous
J’ai même parfois de la peine à le voir partager
Virevoltant dans un typhon de fragrances et de goûts
Tous croient connaître ses secrets, peu savent l’apprécier

Notes d’agrume et de chocolat, mélange d’épices
Prétexte de rêve à la communion et à l’échange
Autour des tasses les regards se croisent, des liens se tissent
Partons ensemble du Panama aux rives du Gange

Dans les salons on ne l’aime ni trop froid ni trop chaud
Saveur sucrée amenant tout de même un goût amer
Alors que je m’enivre d’autres suent sang et eau
Arôme sensuel au nord mais au sud il est calvaire

Mes yeux clos s’ouvriront bientôt sur un autre hémisphère
Tantôt suave et délicat tantôt amer et puissant
Terroirs du bout du monde, richesse de notre terre
Saveurs de mille fruits, de fleur sauvage ou de volcan

Culte du soleil, apprendre à savourer ses rayons
Sensation sans pareil, découverte du goût du feu
Toute cette noblesse m’émeut plus que de raison
Pour cette finesse je me couche le ventre creux

Lorsque immanquablement arrive l’ultime gorgée
J’en viens tout de suite, l’air hagard, à me demander
Quand voudra bien se présenter la prochaine occasion
De tutoyer à nouveau ce nectar, divin poison

Charlie Baudoin